
Mario Bellatin est mexicain. Ses romans sont courts et (très) singuliers. Leçons pour un lièvre mort n'échappe pas à la règle.
Il s'agit d'un roman-puzzle en 243 pièces (de courts paragraphes), qui conjugue dans une construction subtile plusieurs histoires qui s'imbriquent. Plusieurs histoires dérangeantes et
hallucinatoires.
"Dans une grotte qui surplombe le rivage, un pêcheur a découvert des nouveaux-nés sans bras ni jambes. Aux abords de la ville, une citadelle a été édifiée pour y interner les malades contagieux.
Certains s'inoculent volontairement des virus pour y être admis. Un golem devenu incontrôlable ravage des quartiers entiers. Un styliste a transformé son salon de beauté en mouroir."
Et ne parlons pas de la galerie de personnages étranges qui animent cette pelotte d'intrigues...
Déroutant, énigmatique, bizarre, intrigant. A découvrir !
Leçons pour un lièvre mort - Mario Bellatin - trad. espagnol André Gabatsou (Mexique) - 110 p. - 12 euros - mai 2008

Loufoque, ingénieux, irrésistible, le dernier livre de Svetislav Basara est comme toujours un pied de nez à toutes les conventions : sociales, morales, philosophiques et
littéraires et assied son lecteur au coeur de l'absurde.
De jeux littéraires en délires existentiels, le ludique Basara vous promène dans des histoires sans queue ni tête.
Perdu dans un supermarché de Svetislav Basara - trad. Gojko Lukic (serbe) - Ed. Les Allusifs - 178 p. - 16 euros - avril 2008

Frans, adolescent à l'esprit aiguisé, vient de sortir d'un coma qui le laisse muet et en fauteuil roulant. Grâce à sa main et à son bras droits restés intacts, il va développer ses dons
d'écriture : il ambitionne d'écrire l'histoire de sa ville et confie ses états d'âme teintés d'une joyeuse ironie à des cahiers d'écoliers. Loin d'être désespéré, il réintègre son collège, se
fait des copains et s'amuse de la vie. Parmi ses copains se trouve Joe, fantasque petit génie de l'invention, qui n'a de cesse de rendre la vie plus trépidante et pour qui
« impossible » n'existe pas.
Brillant roman d'apprentissage, cette aventure originale et débridée nous fait vivre leurs frasques d'adolescents et leur passage à l'âge adulte. Humour et émotion sont au rendez-vous.
Joe Speedboot de Tommy Wieringa - trad. du néerlandais par David Goldberg - Ed. Actes Sud - 400 p. - 23 € - avril 2008

Des paysages à couper le souffle et un voyage épique. A bord d’un Cessna, un jeune naturaliste et un pilote suivent la migration d’un faucon pèlerin équipé d’un émetteur-radio. Du Golfe du
Mexique aux confins de l’Arctique, leur étonnant voyage est parsemé d’aventures rocambolesques.
Les éditions Gallmeister nous régalent encore une fois d’un authentique roman de "nature writing". La note de l’éditeur qui souligne que le New York Time classe ce roman dans les 100
meilleurs livres de l’année 2004 rappelle l'importance de cette littérature. Un récit au grand souffle qui mêle aventure, notes scientifiques et carnet de voyage avec pour héros principal et
central un faucon pèlerin. Etonnant !
En vol - Alan Tenant – Gallmeister – 410 pages – 25€ - traduit de l’anglais (Etats-Unis)

"Certains y prennent du plaisir." Ruth Ramsey, professeur d’éducation sexuelle au lycée de Stonewood Heights, voit les principes libéraux de ses cours remis en cause après un commentaire sur la
fellation. Sous la pression du Tabernacle, un groupe de chrétiens dont fait partie son ex-mari, elle doit composer avec JoAnn Marlow qui prône l’abstinence avec son programme d'aide aux
adolescents.
Comédie familiale et provinciale, "Professeur d’abstinence" est une farce sur une certaine Amérique puritaine et complexée. Toute une galerie de personnages défile incarnant les
ambiguïtés, hypocrisies et contradictions d'une société contemporaine.
Professeur d’abstinence - Tom Perrotta – éditions de l’Olivier – 397 pages – 22€ - traduit de l’anglais (Etats-Unis)
Dans l’Etat de Washington, le jeune Miles vit au bord de la mer et est, à 13 ans, un observateur chevronné et passionné de l'environnement marin. Il sort souvent en cachette de chez lui pour
explorer la baie. A l'occasion d'une de ses escapades, il découvre un calamar géant des grands fonds échoué dans la vase. Cette première découverte, bientôt suivie d’une autre encore plus
spectaculaire, attire sur lui l’attention des scientifiques, des médias et d’une communauté religieuse locale.
Ce premier roman d’un jeune auteur américain se lit avec délice, plongeant le lecteur dans la description d’une faune et flore maritime très riche et dresse le portrait d’un jeune garçon
aux prises avec les problèmes de l’adolescence.
A lire en attendant un prochain séjour au bord de la mer.
A marée basse - Jim Lynch – éditions Les Deux terres – 362 pages – 21,50€ - traduit de l'anglais (Etats-Unis)

Julie, 18 ans, perd ses parents et son frère dans un accident d'avion.
Incapable de faire son deuil, décidée à en finir, elle prend l'avion vers toutes les destinations du monde dans l'espoir de mourir. Sauf qu'elle ne meurt décidément pas, et nous livre dans son journal intime ses tentatives de suicide aussi ratées que farfelues...
Une bonne dose d'humour, un regard décalé sur le monde adulte et ses bizarreries, et une logique menée jusqu'à l'absurde : comme son héroïne, Erlend Loe ne mâche pas ses mots mais sait aussi jouer des moments tendres.
Muleum de Erlend Loe - Ed. Gaïa - trad. Coursaud - 18 euros - 218 p. - avril 2008.
Au début de l'histoire, un privé sort de taule où il a passé sept ans pour meurtre. Un banquier haïtien, opportuniste sans scrupule, l'engage pour retrouver son fils disparu depuis deux ans. Le deal ? Un contrat de dix millions de dollars s'il ramène son gamin sain et sauf ; la moitié s'il ramène le corps ; et un bonus de cinq millions s'iproduit les assassins, morts ou vifs. Max Mingus, privé de Miami, part donc pour Port-au-Prince sans avoir jamais posé le pied en Haïti ni parler le français et encore moins le créole.
Outre l'aspect polar du roman il y a ce regard sur Haïti. L'extrême misère, la description des ghettos, de ces règles dominées par le vaudou, la violence omniprésente, parfois insoutenable, le tout porté par des personnages d'une justesse surprenante à la fois sans jugement ni concessions.
Tonton clarinette de Nick Stone - traduit par Ploux et Cheval (anglais) - Ed. Gallimard - Coll. Série Noire - 605 p. - février 2008 - 22.50 euros
La mort de son fils, au front en mai 1940, produit un déclic chez Otto Quangel, modeste ouvrier d'usine berlinois. Dès lors, il va à sa manière oeuvrer pour la résistance intérieure contre la politique hitlérienne. Il l'ignore, mais il n'est pas le seul dans ce cas à Berlin, ni même au sein de son immeuble. Nombreux sont ceux qui agissent dans l'ombre, tentant de protéger un voisin juif, d'alerter les consciences sur ce qui se passe réellement... mais nombreux aussi sont les indics, les profiteurs, les relais du pouvoir infiltrés dans chaque usine, chaque immeuble.
Un roman magistral, construit comme une succession de scènes nous confrontant aux différents comportements d'hommes et de femmes, chacun avec ses convictions, ses principes, ses actes en privés et en public.
On est bien loin ici de l'image de l'unité d'un peuple derrière son führer, et au plus près des destins individuels et des choix de chacun, à son niveau de pouvoir et avec ses moyens.
Une vraie leçon d'histoire.
Seul dans Berlin de Hans Fallada - traduit de l'allemand - Ed. Gallimard - coll. Folio - janvier 2004 - 560 pages
Lorsque sa mère va suivre une formation à Tokyo, Tomoko part vivre chez son oncle et sa tante à Ashiyar. Elle y rencontre Mina, sa cousine, Madame Yoneda et Monsieur Kobayashi, qui s'occupent de
la maison, et Pochiko, hippopotame nain, dernier vestige d'un jardin zoologique datant de l'enfance de son oncle. Elle y découvre aussi un bonheur quotidien et tranquille, qui la marquera toute
sa vie. En raison de la maladie de Mina, la maison est transformée en un univers feutré, tout y est organisé, ritualisé. Sans pour autant les tenir hors du monde : les deux fillettes vont par
exemple se passionner pour les J.O. de Munich.
Mina a une autre passion, les boîtes d'allumettes. Elle y range des histoires qu'elle invente et les cache précieusement sous son lit.
Et l'on aimerait nous aussi pouvoir conserver précieusement ces instants de poésie et de bonheur teintés de la nostalgie de l'enfance qui nous sont offerts ici par Yoko Ogawa,
les savoir toujours à portée de main, tout près de soi.
La marche de Mina de Yoko Ogawa - traduit du japonais - Actes Sud - janvier 2008 - 317 pages
