Jeudi 10 avril 2008
 


Elle nous avait déjà séduits avec « Seule Venise » (prix Folies d'encre) en 2004 et « Dans l'or du temps » en 2006. Une fois de plus, Claudie Gallay nous offre une histoire envoûtante, aux personnages sculptés dans leur douleur et leurs secrets. Le paysage âpre et sauvage de la pointe nord-ouest de la presqu'île du Cotentin sert de décor à ce roman magnifique. Des phrases courtes, parfois sans verbe, ponctuent sa narration qui vous emporte dès les premiers mots.

 

Les déferlantes de Claudie Gallay – Ed. Du Rouergue – 525 pages – 21.50 € - mars 2008

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature française
Mercredi 2 avril 2008

Ce premier roman d'un jeune homme de 26 ans se déroule au Rwanda, son pays d'origine. Ce livre est une fiction et en aucun cas un essai ou un témoignage sur les faits inimaginables qui s'y sont déroulés. Il met en scène des personnages ravagés par des évènements qui les dépassent.
Dans un style poétique, Gilbert Gatoré nous conte une histoire qui semble prendre sa source dans la mythologie alors qu'elle est en fait pétrie de réalité.

Le passé devant soi de Gilbert Gatoré - Ed. Phébus - 215 p. - 18.50 eurs - janvier 2008.

Mercredi 12 mars 2008

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La vie d’un jeune garçon âgé de 13 ans dont les parents sont cafetiers dans le Nord de la France est bouleversée par la découverte de Marcel Proust et de A la recherche du temps perdu. Si la lecture du texte de Proust change la vie du jeune garçon, elle va aussi modifier la vie tranquille des habitants de son petit village.


Ce court roman est un texte émouvant sur l’enfance et ses émois : l’école, les amis, les premiers amours… il passe subtilement de la comédie à la tragédie en maintenant le lecteur dans une atmosphère légère et envoûtante. De façon très subtile, l’auteur réveille des émotions et des souvenirs enfouis en chacun de nous. Il ose deux projets forts : la venue d’un comédien célèbre pour lire Proust dans un café et monter Proust au théâtre dans le même café.


La petite cloche au son grêle de Paul Vacca – Philippe Rey – 181 pages – 16€

par Gilles - L'Usage du Monde publié dans : littérature française
Vendredi 22 février 2008

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La voix est celle de Za, noir nu et blessé, narrateur solitaire qui traverse la foule immense de son peuple réduit et celle des oppresseurs puissants - hydre à plusieurs têtes (militaires, ministres, entrepreneurs, administrateurs, décideurs...) dont la principale a pour nom "Dollaromane", figure absolue, démiurgique, du pouvoir, de la cupidité et de la cruauté.

Nous sommes sur une île, qu'on veut bien croire Madagascar, mais qui pourrait s'étendre sans trop de difficulté à l'Afrique entière, ou à toute "île" que préserve la modernité pour y asseoir son omnipotence dans sa forme barbare. Nous écoutons, dans la voix de Za, le conte mythique et contemporain de sa vie, qui est aussi celui de la société dans laquelle il évolue : torturé à mort, porté par un temps qui coule trop vite - à l'image du "fleuve cellophane" non loin de là qui a avalé son fils -, Za voit sombrer dans la folie et la mort qu'il partage avec eux, sa femme, ses frères, ses compagnons, son peuple... et s'observe aussi lui-même, exclus dans les pires décharges où les tas de détritus jouxtent les tas d'os.

Entre mythologie, tradition ancestrales et familiales, actualié et réalité crue, Za observe et subit impuissant les ravages incommensurables du sexe touristique et malade, de l'alcool amnésique, de l'argent fanatique, de la religion inquisitrice, de la démocratie sauvage, de la justice kalachnikov, de l'idéologie décervelée, de la bêtise et de la cruauté, sur un monde qui a perdu toute lucidité et toute humanité. (...)

Za crée l'excès, à partir d'une langue réduite en miettes, dans un combat pour la vie qui n'est pas gagnant d'office (presque jamais ?), mais qui doit être mener contre tout et tous. C'est aussi un combat entre le temps mythique et le temps social, entre le temps intérieur et le temps physique. Presque jamais le premier ne gagne, mais le combat a lieu. Et au final, la voix de Za, dans son improbable excès, perturbe, blesse à son tour, violente la réalité et le remporte certainement, ce combat. (...)

La chronique complète de ce roman indispensable sur le blog Dernière Marge.


Za de Raharimanana - Ed. Philippe Rey - 300 p - paru le 3 janvier 2008 - 19 euros.
par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature française
Vendredi 22 février 2008

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Le narrateur de Madman Bovary est malade et alité. Estée est partie, il ne lui reste que la rage et la douleur. Afin de circonvenir et d'aculer ces maux dans le coin le plus éloigné de sa tête et son lit, il décide de prendre un livre, Madame Bovary, qu'il connaît par ailleurs par coeur, afin de se plonger corps et âme à l'intérieur, et oublier enfin sa tendre Estée. Cette dissolution dans l'oeuvre de Gustave Flaubert (ou de l'oeuvre flaubertienne dans l'existence du narrateur) crée une espèce de délire hallucinatoire, les deux plans se mêlant, guidé par une libido sans frein et une langue pleine d'inventions.

Ne pas s'attendre à un pastiche, ne pas croire à une parodie. Madman Bovary est un hommage à Flaubert, oui, mais on peut oublier Madame car cette fiction, comme souvent dans les livres de Claro, est en fait, loin des conventions et dans sa forme particulièrement mad, un authentique livre sur le désir et la langue. 

Une très bonne critique du livre sur le blog Babel XXV.


Madman Bovary de Claro - Editions Verticales - 208 pages - 17 euros - paru le 7 février 2008.

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature française
Mardi 29 janvier 2008

 

Jonquille, fils unique et dissident d'une baba cool et d'une communauté, mène une vie minimaliste comme stagiaire d'une agence de marketing florissante. Il est rapidement affecté à la surveillance du frère de la « Patronne », qu'il appelle « mon maître ». Celui-ci, génie intuitif et extravagant, ressource vive de l'agence, « part en couilles » au grand désespoir de sa soeur.
Jonquille, inhibé par le fait de ne pas savoir qui est son père et totalement dénué d'ambition, ne veut qu'une chose : obéir à son maître obsédé par « la secte suicidaire » qui veut régir le monde.
Sa « Patronne », à la réussite flamboyante, n'a plus qu'une ambition : « se faire » Jonquille.

 

Ce roman, au ton humoristiques et léger, nous fait toucher du doigt l'ineptie de la consommation de masse et de la fabrication des besoins par les agences de marketing. Piquant !


Face aux masses de Ilan Duran Cohen – Actes sud – 220 p – 18 € - janvier 2008

 

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature française
Mardi 29 janvier 2008

 

 Dans une langue inventive et archaïque mais terriblement évocatrice qui brouille les pistes du temps, Jean-François Beauchemin nous conte l'histoire de ces personnages hantés l'un (le fils) par sa quête de « l'amour » au travers de la plus petite parcelle de chaleur et de tendresse que la vie peut lui offrir, l'autre (le père) par « ses gens » qui lui dictent ses comportements les plus extravagants.
Nous faisant passer de la compassion à l'effroi, il recompose une ode à l'enfant sauvage qui bouscule nos préjugés.

 

A la fois témoin et juge, vous ne resterez pas insensible au cri d'amour du narrateur dans ce livre stupéfiant qui se dévore lentement.

 

Le jour des corneilles de Jean-François Beauchemin - Les Allusifs - 160 p - mai 2007

 

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature française
Jeudi 24 janvier 2008

 

Irina, la femme de Lancelot est morte… victime d’un accident qui l’a précipitée au fond d’une rivière. Ebranlé par cette nouvelle, Lancelot, qu'Irina appelait Paul, enquête et subit d’autres chocs en découvrant que des mystères entourent cette disparition.


Cinquième roman de Véronique Ovaldé, Et  mon  coeur  transparent n’est pas un roman policier même si l’intrigue de départ y ressemble, mais plutôt un prétexte à raconter (explorer) un personnage, Lancelot,  individu  plutôt transparent, qui s’enfonce inexorablement dans une toile qu’il tisserait sur lui-même, le héros ayant, de surcroît, tendance à subir passivement ce qui lui arrive. Avec beaucoup d’imagination (tous les lieux de l'histoire sont fictifs), Véronique Ovaldé enchaîne les situations en trompe-l’oeil et les personnages fantasques du roman.

 

Et mon coeur transparent de Véronique Ovaldé - Ed. L'Olivier - 234 p. - janvier 2008

 

par Gilles - L'Usage du monde publié dans : littérature française
Samedi 10 novembre 2007

Mevlido s'apprête à écraser une nouvelle fois la brique sur la face déjà ensanglantée de son supérieur Berberoïan, devant les masses juges, composées de ses cinq, ou quatre collègues de la flicaille, lors d'une séance d'autocritique obligatoire et régulière, rituel expiatoire et administratif effectué à tour de rôle par cette classe méprisée de fonctionnaires.


Ce coup de brique, à l'entrée immédiate du livre, est a double tranchant, il réveille et assomme en même temps. Il vous plonge sans préliminaires dans les ombres de l'inconscience en même temps qu'une lucidité extrême vous anime. On ne différencie plus la veille et le sommeil, la réalité et la fiction, la vie et la mort, dans Poulailler Quatre où vit Mevlido comme de nombreux laissés-pour-compte, dans ce lointain siècle après la guerre totale, après notre siècle des camps.
Quant à l'histoire qui s'en suit, je vous laisserais la découvrir.


Les livres d'Antoine Volodine, outre qu'ils donnent à lire des fictions oscillant entre politique et onirisme, sont aussi une réflexion tendue sur la mémoire, sur l'Histoire, et sur l'existence. Songes de Mevlido ne déroge pas à la règle. Seizième roman de l'auteur, c'est une très bonne introduction à une des oeuvres les plus originales de la littérature française contemporaine, mais c'est aussi une brique supplémentaire à l'édifice "post-exotique" que construit Volodine depuis 25 ans et dont les lecteurs fidèles apprécieront cette nouvelle prise de hauteur.


Songes de Mevlido de Antoine Volodine - Ed. Seuil - 462 pages - 21.80 euros - août 2007.

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature française
Vendredi 9 novembre 2007

 

Comme tous les ans en septembre, voilà le dernier Amélie Nothomb ! Cela peut être énervant, n'est-ce pas ?
Après m'en être détournée plusieurs années, j'ai replongé le nez dans sa prose et j'ai été une fois de plus séduite par le talent de l'auteur : un style à la fois classique et moderne et un talent de conteuse indéniable. Elle nous emmène à nouveau en terre japonaise et nous raconte l'aventure
amoureuse nippone qu'elle a connue dans sa jeunesse. C'est surtout l'occasion de décrire un pays dont nous sommes culturellement éloignés et grâce à son récit de nous en rapprocher. On passe un très bon moment avec Ni d'Eve ni d'Adam.

 

Ni d'Eve ni d'Adam de Amélie Nothomb - Ed. Albin Michel - 245 pages - 17.90 euros - août 2007

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