
Tracey a quinze ans. Elle s'est enfui de la maison. Elle ne possède qu'une carte de bus et quelques billets tirés du sac à main de sa mère. Elle est nue, à peine couverte d'un rideau de douche. Elle a le visage collé à la vitre d'un autobus, et de l'autre côté, dehors, le blizzard.
Elle parle à la buée qui dessine des motifs étranges ; elle parle aux formes confuses qu'elle aperçoit dans la neige. Elle se parle à elle-même, tente de rassembler ses souvenirs, cherche des vérités perdues sous les mensonges qu'elle a elle-même élaborés.
Sous la forme d'un monologue fragmenté, il y a une jeune fille en crise, dont le corps et la tête ne semble pouvoir répondre aux exigentes conventions sociales qui excluent d'office toute bizarrerie, toute anormalité, aussi négligeable qu'elle puisse paraître.
Dans le délire chaud de ses paroles, qui lui servent, en toute finalité, à échapper à la mort (dans deux sens : la mort qui est déjà là et la mort qui vient), se développent des images d'enfant, des visions surréalistes, des fulgurances poétiques d'une vive noirceur.
Maureen Medved touche au coeur même de la détresse d'une adolescente en souffrance et réussit un roman émouvant grâce à une plongée en profondeur dans l'âme de son personnage. Il faut lire ce livre qui invente de puissantes images de l'angoisse et de la souffrance psychologique, mais aussi de l'émotion pour ce qu'elle est de plus intime.
Tracey en mille morceaux de Maureen Medved - Ed. Les Allusifs - décembre 2007 - 16 euros.
