
Mevlido s'apprête à écraser une nouvelle fois la brique sur la face déjà ensanglantée de son supérieur Berberoïan, devant les masses juges, composées de ses cinq, ou quatre collègues de la flicaille, lors d'une séance d'autocritique obligatoire et régulière, rituel expiatoire et administratif effectué à tour de rôle par cette classe méprisée de fonctionnaires.
Ce coup de brique, à l'entrée immédiate du livre, est a double tranchant, il réveille et assomme en même temps. Il vous plonge sans préliminaires dans les ombres de l'inconscience en même temps qu'une lucidité extrême vous anime. On ne différencie plus la veille et le sommeil, la réalité et la fiction, la vie et la mort, dans Poulailler Quatre où vit Mevlido comme de nombreux laissés-pour-compte, dans ce lointain siècle après la guerre totale, après notre siècle des camps.
Quant à l'histoire qui s'en suit, je vous laisserais la découvrir.
Les livres d'Antoine Volodine, outre qu'ils donnent à lire des fictions oscillant entre politique et onirisme, sont aussi une réflexion tendue sur la mémoire, sur l'Histoire, et sur l'existence. Songes de Mevlido ne déroge pas à la règle. Seizième roman de l'auteur, c'est une très bonne introduction à une des oeuvres les plus originales de la littérature française contemporaine, mais c'est aussi une brique supplémentaire à l'édifice "post-exotique" que construit Volodine depuis 25 ans et dont les lecteurs fidèles apprécieront cette nouvelle prise de hauteur.
Songes de Mevlido de Antoine Volodine - Ed. Seuil - 462 pages - 21.80 euros - août 2007.
