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L'Immeuble Yavoubian de Aala El Aswany, trad. Gilles Gautier (arabe), éd. Actes Sud, 327p., 22.50 euros. Paru en janvier 2006.
En plein cœur du Caire, l'immeuble Yacoubian, véritable personnage principal du roman, est prétexte à raconter tout un pan de l'histoire égyptienne, des années 1930 aux années 1950, avec l'arrivée de la révolution nassérienne. L’auteur pose un regard tendre, précis, sans jugement mais sans concession sur des personnages riches et pauvres, bons et méchants qui se débattent dans les mêmes griefs. Un romancier qui ne bonimente pas, El Aswany ! A chaque chapitre, c’est un pan de façade qui s’effondre et un nouvel aspect de la société égyptienne qui se révèle brutalement. Sans tabous, mais sans cruauté non plus. Voici Hatem, homosexuel éperdu d’amour pour Abdou, jeune marié qu’il « achète » à coups de cadeaux. Et Taha, apprenti policier qui bascule dans l’islamisme quand sa « fiancée », Boussaïna, part à la dérive, de plans débrouille en quasi-prostitution. On croise aussi Azzam, sombre bigot, vrai lubrique, qui espère bien s’offrir une carrière politique à moindres frais, en filoutant le Grand Homme – Nasser ou Moubarak – qui se détache en ombre chinoise sur ce roman. Hypocrisie, corruption, mensonge à tous les étages : L’Immeuble Yacoubian, qui a connu un très grand succès en Egypte, est un roman sociologique, donc politique, dans un pays où les deux plans ne sauraient être séparés. Un roman qui dévoile, mais qui n’est pas une entreprise de démolition pour autant. Car de ces destins mêlés émane, finalement, plus de tendresse que d’amertume.
par Renaud - La Parenthèse
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