La voix est celle de Za, noir nu et blessé, narrateur solitaire qui traverse la foule immense de son peuple réduit et celle des oppresseurs puissants - hydre à plusieurs têtes (militaires, ministres, entrepreneurs, administrateurs, décideurs...) dont la principale a pour nom "Dollaromane", figure absolue, démiurgique, du pouvoir, de la cupidité et de la cruauté.
Nous sommes sur une île, qu'on veut bien croire Madagascar, mais qui pourrait s'étendre sans trop de difficulté à l'Afrique entière, ou à toute "île" que préserve la modernité pour y asseoir son omnipotence dans sa forme barbare. Nous écoutons, dans la voix de Za, le conte mythique et contemporain de sa vie, qui est aussi celui de la société dans laquelle il évolue : torturé à mort, porté par un temps qui coule trop vite - à l'image du "fleuve cellophane" non loin de là qui a avalé son fils -, Za voit sombrer dans la folie et la mort qu'il partage avec eux, sa femme, ses frères, ses compagnons, son peuple... et s'observe aussi lui-même, exclus dans les pires décharges où les tas de détritus jouxtent les tas d'os.
Entre mythologie, tradition ancestrales et familiales, actualié et réalité crue, Za observe et subit impuissant les ravages incommensurables du sexe touristique et malade, de l'alcool amnésique, de l'argent fanatique, de la religion inquisitrice, de la démocratie sauvage, de la justice kalachnikov, de l'idéologie décervelée, de la bêtise et de la cruauté, sur un monde qui a perdu toute lucidité et toute humanité. (...)
Za crée l'excès, à partir d'une langue réduite en miettes, dans un combat pour la vie qui n'est pas gagnant d'office (presque jamais ?), mais qui doit être mener contre tout et tous. C'est aussi un combat entre le temps mythique et le temps social, entre le temps intérieur et le temps physique. Presque jamais le premier ne gagne, mais le combat a lieu. Et au final, la voix de Za, dans son improbable excès, perturbe, blesse à son tour, violente la réalité et le remporte certainement, ce combat. (...)
La chronique complète de ce roman indispensable sur le blog Dernière Marge.
Za de Raharimanana - Ed. Philippe Rey - 300 p - paru le 3 janvier 2008 - 19 euros.
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