Jeudi 29 novembre 2007

 

Sorti ces jours-ci, Le livre des éloges d'Alberto Manguel (L'Escampette Editions) contient quatorze textes dont la plupart sont des traductions de textes commandés pour le supplément littéraire d'El Pais.
Véritables essais (très courts mais riches), il y est toujours question du livre et de la lecture. Cela va de soi pour l'"Eloge de la Bible", l'"Eloge du livre de poche", l'"Eloge du libraire"... cela peut paraître moins évident pour l'"Eloge de l'horreur", l'"Eloge des animaux" ou l'"Eloge de l'impossible".
Qui connaît Alberto Manguel - qui a lu, disons, son Histoire de la lecture ou le récent La Bibliothèque la nuit - sait quelle place irréductible a le livre dans sa vie, sait que le livre et la littérature est la matière de ses propres livres et de ses réflexions. J'invite celui qui ne le connaît pas à rentrer dans sa bibliothèque. Ce Livre des éloges en est une porte.


Ces éloges, un peu de la même manière que dans Journal d'un lecteur paru chez Actes Sud en 2004, sont le prétexte à sortir de la bibliothèque purement littéraire pour entrer dans une sphère plus intime qu'on aborde avec beaucoup de plaisir et d'intérêt. Chez Manguel, le livre est quelque chose qu'on ne peut pas retrancher à l'éclat de la vie. Le livre est la brique qui lui sert à monter l'édifice de sa mémoire, le couteau qui sert à façonner l'identité et le ciment qui sert à maintenir conjointement les doutes et les certitudes, ce qui constitue, à mon sens, le propre de la curiosité. Le livre contient les réponses qu'on peut espérer toujours mais contient aussi les remises en causes qu'on n'attend jamais. Heureusement, cela ne se fait jamais dans l'ordre : lire est toujours une surprise. Quelque fois par ce qu'on y trouve, souvent par ce que nous révèle la lecture de nous-même. Comme le dit George Steiner, c'est le livre qui nous lit. Comme le dit Manguel dans l'"Eloge du plaisir" où il se rappelle la mort d'un ami : "La lecture ne console pas. En revanche, elle peut mystérieusement servir de miroir."

 

Le livre des éloges de Alberto Manguel - Ed. L'Escampette - 12 euros - novembre 2007


par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Samedi 10 novembre 2007

Mevlido s'apprête à écraser une nouvelle fois la brique sur la face déjà ensanglantée de son supérieur Berberoïan, devant les masses juges, composées de ses cinq, ou quatre collègues de la flicaille, lors d'une séance d'autocritique obligatoire et régulière, rituel expiatoire et administratif effectué à tour de rôle par cette classe méprisée de fonctionnaires.


Ce coup de brique, à l'entrée immédiate du livre, est a double tranchant, il réveille et assomme en même temps. Il vous plonge sans préliminaires dans les ombres de l'inconscience en même temps qu'une lucidité extrême vous anime. On ne différencie plus la veille et le sommeil, la réalité et la fiction, la vie et la mort, dans Poulailler Quatre où vit Mevlido comme de nombreux laissés-pour-compte, dans ce lointain siècle après la guerre totale, après notre siècle des camps.
Quant à l'histoire qui s'en suit, je vous laisserais la découvrir.


Les livres d'Antoine Volodine, outre qu'ils donnent à lire des fictions oscillant entre politique et onirisme, sont aussi une réflexion tendue sur la mémoire, sur l'Histoire, et sur l'existence. Songes de Mevlido ne déroge pas à la règle. Seizième roman de l'auteur, c'est une très bonne introduction à une des oeuvres les plus originales de la littérature française contemporaine, mais c'est aussi une brique supplémentaire à l'édifice "post-exotique" que construit Volodine depuis 25 ans et dont les lecteurs fidèles apprécieront cette nouvelle prise de hauteur.


Songes de Mevlido de Antoine Volodine - Ed. Seuil - 462 pages - 21.80 euros - août 2007.

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature française
Samedi 10 novembre 2007

 

Une fois n'est pas coûtume, les personnages si attachants de ce Roman des Saveurs existent réellement ; et la plume si vive d'Anne-Marie Wimmer nous donne envie de les rencontrer au plus vite.  Car cette passionnée de gastronomie ne se contente pas de nous conter le (brillant) parcours  du jeune chef étoilé du Bistrot des Saveurs (Obernai). Elle dresse aussi le portrait de ceux  qui lui fournissent la 'matière première' nécessaire à l'exercice de son art : boucher, éleveur,  potier.... gardiens des traditions et surtout dépositaires d'un savoir-faire. Et l'on rend visite à ces artisans en toute simplicité, aux côtés d'Anne-Marie qui apporte les  précisions historiques et culturelles parfois indispensables à la Normande que je suis...  (vous avez dit 'Lewerwurscht' ??) ; toujours avec beaucoup d'humour.

 

Bref simplicité, passion, bonne humeur, ce Roman des Saveurs nous met l'eau à la bouche et le sourire  aux lèvres. Et pour finir, le chef nous dévoile une trentaine de ses recettes originales...  à déguster sans modération...

 

A noter qu'Anne-Marie Wimmer sera en dédicace au Libr'air à Obernai le vendredi 7 décembre 2007 de 17h à 19h, et Thierry Schwartz le samedi 8 décembre de 15h à 16h.

 

Thierry Schwartz, Le Romand des Saveurs de Thierry Schwartz et Anne-Marie Wimmer- Ed. Michalon - 284 pages - 30 euros - octobre 2007

par Géraldine - Le Libr'air publié dans : beaux-livres
Samedi 10 novembre 2007

 

La parution du nouveau roman de Piotr Bednarski, Un goût de sel, a remis sur les tables de nos librairies son précédent ouvrage, Les neiges bleues, publié en 2004, qui mérite d'être (re)découvert.

 

Ce roman est constitué de courtes séquences, basées sur les souvenirs d'enfance de l'auteur, dans la Sibérie des années 40, littéralement aux portes du goulag.
Les dénonciations et les disparitions sont quotidiennes; la faim, permanente.
Mais le récit du jeune Petia, agé de 8 ans seulement, est plein de fraicheur, de gaîté et même d'ironie face à ces épreuves.
Pour survivre, car c'est bien de cela dont il est question, Pétia est guidé par sa mère, surnommée Beauté, qui lui fait découvrir la foi. Il est soutenu par sa grand mère, qui entend bien répandre la blancheur sur toute cette rougeur bolchevique qui les entoure. Enfin, il est sauvé également par sa capacité à voir la beauté dans chaque chose, par sa vocation naissante de poète.

 

Un très beau texte, plein de surprises et d'émotions.

 

Les neiges bleues de Piotr Bednarski - trad. sous la dir. de Jacques Burko (polonais) - Ed. Autrement - 140 pages - 13 euros - février 2004

par Géraldine - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Vendredi 9 novembre 2007

 

Garance, sarrazine de 10 ans, est la seule survivante du naufrage d'un bateau de commerce qui revient des îles. Muette, elle est recueillie par le bailli du village, qui va la vendre pour payer ses dettes de jeu. Maître Martin l'aubergiste du village, écoeuré par cette pratique, va la soustraire  des mains du bailli et l'adopter avec sa femme Clémence. Garance va grandir dans une atmosphère aimante et devenir une belle jeune fille que convoite le brutal seigneur de la contrée. Elle va s'éprendre de Bastien un jeune tambour qui vient souvent distraire les clients de l'auberge avec ses amis musiciens. Mais la guerre éclate et Bastien doit partir avec les troupes. Mais c'est sans compter sur la détermination de Garance à sauver son amour...
Après son magnifique Roi des trois orients ( ed. Rue du Monde), François Place récidive ici avec ce superbe album aux illustrations toujours aussi vivantes, dans lequel on se plonge avec délice.
A partir de 8 ans

 

La fille des batailles de François Place - Ed. Casterman - 75 pages - 16.95 euros

par Michèle - Le Libr'air publié dans : album jeunesse
Vendredi 9 novembre 2007

 

Zeliha, jeune femme célibataire turque d'Istanbul, est bien décidée à se faire avorter malgré le parfum de scandale et d'opprobre que son choix va l'obliger à assumer. Mais le destin en a décidé autrement...
Rose, américaine, a eu une fille, Armanoush, d'un américain d'origine arménienne. Divorcée, elle tombe à nouveau amoureuse et se remarie...avec un immigré Turc.
Dix huit ans plus tard,  Armanoush part pour Istanbul et rencontre Asya, la « bâtarde »...

C'est l'histoire de ces familles, de leurs blessures, de leurs intrigues intimes, et  la rencontre entre ces deux jeunes filles, que tout sépare, que nous conte avec virtuosité Elif Shafak. Elle nous fait découvrir une Turquie contemporaine pleine de contradictions, entre tradition et  modernité. Un  roman passionnant... aux accents culinaires !

 

La Bâtarde d'Istanbul de Elif Shafak - trad. anglais (Turquie) Aline Azoulay - Ed. Phebus - 320 p. - 20 € - août 2007

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Vendredi 9 novembre 2007

 

L’auteur est égyptien et il a à coeur d’écrire sur ses compatriotes. Il l’a déjà fait avec succès dans son précédent livre L’immeuble Yacoubian. Cette fois-ci le cadre n’est plus l’Egypte mais Chicago et sa communauté d’universitaires égyptiens émigrés aux Etats-Unis.
Racisme, incompréhension culturelle ; il décrit dans son roman les difficultés auxquelles ceux-ci sont confrontés. Mais c’est aussi l’occasion d’égratigner un système politique égyptien qu’il présente comme étant autoritaire et clientéliste.

 

Chicago de Alaa El Aswany - Ed. Actes Sud - 460 pages - 23 euros - octobre 2007

Vendredi 9 novembre 2007

 

Marcus, cadre supérieur danois, a épousé Nathalie, d’origine russe. Leur vie est formatée entre le travail très prenant de Marcus et les escapades dans leur maison de vacances.
Soudain Nathalie rompt cette routine en insistant auprès de son mari pour partir en croisière en Russie. Au cours de cette croisière, elle disparaît.
Marcus met tout en oeuvre pour la retrouver et découvre petit à petit le passé de sa femme. Leif Davidson se sert de cette enquête pour nous parler de la Russie et des douleurs qui l’habitent. Sans s’attarder sur le passé, il présente un pays aujourd’hui gangrené par les mafias et où pouvoir et argent se côtoient étroitement aux dépends d’une population malmenée.

 

L'épouse inconnue de Leif Davidsen - Ed. Gaïa - 384 pages - 21 euros - octobre 2007

Vendredi 9 novembre 2007

 

Salvo est né au Congo de mère congolaise et de père anglais. A la mort de son père, il est envoyé en Angleterre où il se fait remarquer pour ses dons d’interprétariat. Il parle plusieurs langues africaines. Ces compétences l’amènent à travailler pour les services secrets britanniques dans le cadre d’une transaction censée amener l’apaisement politique au Congo.
D'un côté, un monde feutré et « civilisé », le Royaume Uni et de l'autre, un monde « sauvage » et turbulent, le Congo. Et pourtant, les sauvages ne sont pas forcément ceux que l’on imagine. C’est tout le propos de l’auteur qui dépeint ici un monde occidental sans scrupules où des barbouzes sont payés pour se salir les mains par des hommes puissants qui décident du destin du monde dans les salons.
John Le Carré est un écrivain hors pair qui sait tenir en haleine ses lecteurs. Il met sa très belle écriture au service des causes qu’il défend.

 

Le Chant de la Mission de John Le Carré - Ed. Le Seuil - 345 pages - 21.80 euros - septembre 2007

Vendredi 9 novembre 2007

 

C'est l'histoire d'un homme qui vagabonde sur les mers. Pour pouvoir naviguer, il se plie aux situations les plus difficiles, les plus injustes. C'est aussi l'histoire d'un homme qui cherche le bonheur au travers des yeux des femmes sans jamais pouvoir l'atteindre. C'est l'histoire d'un juif errant marqué par la violence des hommes. C'est surtout un très beau roman poétique qui laisse songeur.

 

Un goût de sel de Piotr Bednarski - Ed. Autrement - 120 pages - 13 euros - septembre 2007

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