Une famille d’immigrés ukrainiens vit en Angleterre. Nikolaï, le père veuf depuis peu, annonce à ses deux filles, Véra et Nadezhda, son intention de se remarier avec Valentina. Problème : Valentina est plus jeune de 50 ans, a des ogives nucléaires en guise de poitrine et une soif inextinguible pour le luxe à l’occidentale. Plutôt rivales, les deux sœurs vont oublier leurs querelles pour déloger l’intruse.
Roman sur les secrets de famille, une brève histoire du tracteur en Ukraine est un vaudeville familial hilarant qui propose un vrai guide pratique sur le thème "comment se débarrasser de votre
belle-mère". La société anglaise et ses immigrés y est soigneusement analysée.
Une brève histoire du tracteur en Ukraine de Marina Lewycka – Editions des Deux terres – 425 pages – 21,50€
roman traduit de l’anglais
Au milieu du XIXe siècle, l’Irlande est frappée par l’épidémie de mildiou qui provoquera l’expulsion, la ruine puis l’immigration de millions de personnes animés par l’espoir et le rêve d’une vie meilleure outre-atlantique. Fergus, animé par cette loi des rêves, va suivre cette voie via Dublin, Liverpool puis le Québec au cours de laquelle il va rencontrer une foule de personnages.
Grande fresque humaine sur l’origine de l’Amérique, sur l’histoire de l’exil, de l’immigration et des émigrés, la loi des rêves est un roman initiatique qui vous entraîne avec la force des grands
fleuves. Le lecteur sait que l’Histoire est inéluctable mais elle laisse la place au rêve avec une suite d’histoires individuelles, cocasses et tristes, semées d’embûches et de rencontres.
La loi des rêves de Peter Behrens – Christian Bourgeois éditeur – 569 pages – 26€
roman traduit de l’anglais (Canada)
La vie d’un jeune garçon âgé de 13 ans dont les parents sont cafetiers dans le Nord de la France est bouleversée par la découverte de Marcel Proust et de A la recherche du temps
perdu. Si la lecture du texte de Proust change la vie du jeune garçon, elle va aussi modifier la vie tranquille des habitants de son petit village.
Ce court roman est un texte émouvant sur l’enfance et ses émois : l’école, les amis, les premiers amours… il passe subtilement de la comédie à la tragédie en maintenant le lecteur dans une
atmosphère légère et envoûtante. De façon très subtile, l’auteur réveille des émotions et des souvenirs enfouis en chacun de nous. Il ose deux projets forts : la venue d’un comédien célèbre
pour lire Proust dans un café et monter Proust au théâtre dans le même café.
La petite cloche au son grêle de Paul Vacca – Philippe Rey – 181 pages – 16€
L'auteur, Vassili Golovanov, subissant une crise persistante d'intranquillité du type qui affligea certainement Fernando Pessoa (dans sa dimension de brisure intime, dans sa relation au réel, c'est-à-dire aux autres) - notre auteur est né en 1960 et vit à Moscou, c'est-à-dire dans un monde où il y a de bonnes raisons d'être intranquille -, se crée un fantasme mental, l'Île, qui va l'obséder quelques temps, jusqu'à ce que cette "idée de l'île" se transforme en objet matérialisable sur une carte et devienne un objectif précis répondant à cet impératif existentiel : partir en voyage, dans tout ce que cela implique, ce qui devrait le réconcilier avec la vie. Le bougre remet son projet au long des années, mais l'urgence commence à se faire sentir après l'effondrement du communisme, dès lors qu'il comprend qu'il n'y a plus qu'un monde, qu'il n'y a plus d'ailleurs.
Il découvre dans un vieil atlas allemand quelques zônes blanches. Dans l'une d'elles, dans la Mer de Barents, il pointe l'île de Kolgouev. Il sait que son Île mentale, cette île qu'il rêvait en parenté de L'Île mystérieuse de Jules Verne ou de L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson, est l'île de Kolgouev. En 1992, il entreprend un premier voyage vers l'île, et prend contact avec la population locale : le peuple aujourd'hui semi-nomade du Grand Nord, les Nenets. En 1994, il y retourne, et vit des jours de toundra longs comme une vie aux côtés des éleveurs de rennes. En 1997, alors qu'il pensait en avoir fini avec ses démons intérieurs, il repart, la magie de Kolgouev le rappelle. Il met ensuite cinq années, laborieuses et denses, à terminer le voyage intérieur qu'il avait entreprit des années auparavant, en écrivant le récit entier, c'est-à-dire dans ses multiples dimensions, de cette aventure. (...)
Je n'ai pas marché dix mètres pour toute la lecture du livre, ni pour l'écriture de cette note alors que Golovanov a laissé des milliers d'empreintes dans l'argile molle de l'île de Kolgouev à des centaines de kilomètres de chez lui pour cinq cents pages de sa vie. Il sentait que les mots sur ses pas étaient nécessaires, mais il sait que des mots doivent être des actes pour remplir pleinement leur rôle. Au début du livre, il marche, et cherche les mots comme un absolu à atteindre. Au milieu, il constate que "ce livre n'aurait probablement eu aucune valeur s'il y avait eu moins de pas que de mots". A la fin, il réconcilie les deux bouts, et éprouve une vérité : la littérature est un geste, c'est certainement un voyage insensé.
La chronique complète sur Dernière Marge.
Eloge des voyages insensés de Vassili Golovanov - Ed. Verdier - coll. Slovo - trad. du russe par Hélène Châtelain - 505 p. - 29 euros - paru en janvier 2008.
La voix est celle de Za, noir nu et blessé, narrateur solitaire qui traverse la foule immense de son peuple réduit et celle des oppresseurs puissants - hydre à plusieurs têtes (militaires, ministres, entrepreneurs, administrateurs, décideurs...) dont la principale a pour nom "Dollaromane", figure absolue, démiurgique, du pouvoir, de la cupidité et de la cruauté.
Nous sommes sur une île, qu'on veut bien croire Madagascar, mais qui pourrait s'étendre sans trop de difficulté à l'Afrique entière, ou à toute "île" que préserve la modernité pour y asseoir son omnipotence dans sa forme barbare. Nous écoutons, dans la voix de Za, le conte mythique et contemporain de sa vie, qui est aussi celui de la société dans laquelle il évolue : torturé à mort, porté par un temps qui coule trop vite - à l'image du "fleuve cellophane" non loin de là qui a avalé son fils -, Za voit sombrer dans la folie et la mort qu'il partage avec eux, sa femme, ses frères, ses compagnons, son peuple... et s'observe aussi lui-même, exclus dans les pires décharges où les tas de détritus jouxtent les tas d'os.
Entre mythologie, tradition ancestrales et familiales, actualié et réalité crue, Za observe et subit impuissant les ravages incommensurables du sexe touristique et malade, de l'alcool amnésique, de l'argent fanatique, de la religion inquisitrice, de la démocratie sauvage, de la justice kalachnikov, de l'idéologie décervelée, de la bêtise et de la cruauté, sur un monde qui a perdu toute lucidité et toute humanité. (...)
Za crée l'excès, à partir d'une langue réduite en miettes, dans un combat pour la vie qui n'est pas gagnant d'office (presque jamais ?), mais qui doit être mener contre tout et tous. C'est aussi un combat entre le temps mythique et le temps social, entre le temps intérieur et le temps physique. Presque jamais le premier ne gagne, mais le combat a lieu. Et au final, la voix de Za, dans son improbable excès, perturbe, blesse à son tour, violente la réalité et le remporte certainement, ce combat. (...)
La chronique complète de ce roman indispensable sur le blog Dernière Marge.
Za de Raharimanana - Ed. Philippe Rey - 300 p - paru le 3 janvier 2008 - 19 euros.
Le narrateur de Madman Bovary est malade et alité. Estée est partie, il ne lui reste que la rage et la douleur. Afin de circonvenir et d'aculer ces maux dans le coin le plus éloigné de
sa tête et son lit, il décide de prendre un livre, Madame Bovary, qu'il connaît par ailleurs par coeur, afin de se plonger corps et âme à l'intérieur, et oublier enfin sa tendre Estée.
Cette dissolution dans l'oeuvre de Gustave Flaubert (ou de l'oeuvre flaubertienne dans l'existence du narrateur) crée une espèce de délire hallucinatoire, les
deux plans se mêlant, guidé par une libido sans frein et une langue pleine d'inventions.
Ne pas s'attendre à un pastiche, ne pas croire à une parodie. Madman Bovary est un hommage à Flaubert, oui, mais on peut oublier Madame car cette fiction, comme
souvent dans les livres de Claro, est en fait, loin des conventions et dans sa forme particulièrement mad, un authentique livre sur le désir et la langue.
Une très bonne critique du livre sur le blog Babel XXV.
Madman Bovary de Claro - Editions Verticales - 208 pages - 17 euros - paru le 7 février 2008.
Samedi 16 février 2008, de 15h00 à 17h00, la librairie Le Libr'air à Obernai vous invite à rencontrer
Patrice Seiler
auteur et illustrateur pour la jeunesse, autour de son dernier album paru aux éditions du Bastberg :
"Le Secret de Monsieur Nostoc"

Patrice Seiler compose des décors et des personnages en volumes afin d'illustrer son histoire. Vous pourrez voir certaines scènes du livre en exposition à l'entresol et à l'étage de la librairie Le Libr'air.







"La rive africaine a la beauté d'une énigme.", annonce la quatrième de couverture. Il y a effectivement de la beauté dans la composition espacée de ce court roman du guatémaltèque Rodrigo Rey Rosa (né en 1958), et certainement quelque chose d'énigmatique dans cette histoire tissée de vies bien différentes, dont la résolution ne se fait pas, justement, par celle d'une énigme mais dans le tableau vivant des mondes différents qui compose le Monde, et de leur impossibilité évidente à s'accorder. En somme, Rey Rosa impose la vérité de la réalité sur les fantasmes des individus.
Les deux récits principaux, en trois parties et cinquante-cinq courts chapitres, vont se superposer : un berger tangérois, Hamza, à la vie simple et aux rêves de richesse qui l'attend de l'autre côté du détroit de Gibraltar, et un voyageur colombien, Angel, qui a perdu son passeport et traîne dans la ville, dont l'errance administrative va le plonger dans une certaine langueur et accoutumance au pays. De nombreux personnages, d'un côté comme de l'autre, vont servir à croiser les deux vies, bien que de manière indirecte, puisque l'élément centrale de cette rencontre est une chouette achetée par Angel à un marchant ambulant dans la medina, qui va se blesser ensuite et sera soignée par Hamza.
Rodrigo Rey Rosa fait preuve d'une grande finesse dans l'écriture, d'une certaine élégance, assurément, et il ne cède jamais au cliché, à l'atmosphère forcée, au trait exagéré. Il écrit avec des espaces et beaucoup de suggestion et ne fait heureusement pas le choix de la fabulation qui se voudrait justement faussement exotique. Rey Rosa est un grand voyageur qui a participé aux ateliers d'écriture de Paul Bowles dont celui-ci a traduit quelques uns de ses romans en anglais.
La rive africaine de Rodrigo Rey Rosa - trad. Claude-Nathalie Thomas (espagnol) - Ed. Gallimard - Coll. Du monde entier - 176 pages - 16.50 euros - janvier 2008

Jonquille, fils unique et dissident d'une baba cool et d'une communauté, mène une vie minimaliste comme stagiaire d'une agence de marketing florissante. Il est rapidement affecté à la surveillance du frère de la « Patronne », qu'il appelle « mon maître ». Celui-ci, génie intuitif et extravagant, ressource vive de l'agence, « part en couilles » au grand désespoir de sa soeur.
Jonquille, inhibé par le fait de ne pas savoir qui est son père et totalement dénué d'ambition, ne veut qu'une chose : obéir à son maître obsédé par « la secte suicidaire » qui veut régir le monde.
Sa « Patronne », à la réussite flamboyante, n'a plus qu'une ambition : « se faire » Jonquille.
Ce roman, au ton humoristiques et léger, nous fait toucher du doigt l'ineptie de la consommation de masse et de la fabrication des besoins par les agences de marketing. Piquant !
Face aux masses de Ilan Duran Cohen – Actes sud – 220 p – 18 € - janvier 2008
