Jeudi 3 janvier 2008

 

Tracey a quinze ans. Elle s'est enfui de la maison. Elle ne possède qu'une carte de bus et quelques billets tirés du sac à main de sa mère. Elle est nue, à peine couverte d'un rideau de douche. Elle a le visage collé à la vitre d'un autobus, et de l'autre côté, dehors, le blizzard.
Elle parle à la buée qui dessine des motifs étranges ; elle parle aux formes confuses qu'elle aperçoit dans la neige. Elle se parle à elle-même, tente de rassembler ses souvenirs, cherche des vérités perdues sous les mensonges qu'elle a elle-même élaborés.

Sous la forme d'un monologue fragmenté, il y a une jeune fille en crise, dont le corps et la tête ne semble pouvoir répondre aux exigentes conventions sociales qui excluent d'office toute bizarrerie, toute anormalité, aussi négligeable qu'elle puisse paraître.

Dans le délire chaud de ses paroles, qui lui servent, en toute finalité, à échapper à la mort (dans deux sens : la mort qui est déjà là et la mort qui vient), se développent des images d'enfant, des visions surréalistes, des fulgurances poétiques d'une vive noirceur.

 

Maureen Medved touche au coeur même de la détresse d'une adolescente en souffrance et réussit un roman émouvant grâce à une plongée en profondeur dans l'âme de son personnage. Il faut lire ce livre qui invente de puissantes images de l'angoisse  et de la souffrance psychologique, mais aussi de l'émotion pour ce qu'elle est de plus intime.

 

Tracey en mille morceaux de Maureen Medved - Ed. Les Allusifs - décembre 2007 - 16 euros.

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Jeudi 29 novembre 2007

 

Sorti ces jours-ci, Le livre des éloges d'Alberto Manguel (L'Escampette Editions) contient quatorze textes dont la plupart sont des traductions de textes commandés pour le supplément littéraire d'El Pais.
Véritables essais (très courts mais riches), il y est toujours question du livre et de la lecture. Cela va de soi pour l'"Eloge de la Bible", l'"Eloge du livre de poche", l'"Eloge du libraire"... cela peut paraître moins évident pour l'"Eloge de l'horreur", l'"Eloge des animaux" ou l'"Eloge de l'impossible".
Qui connaît Alberto Manguel - qui a lu, disons, son Histoire de la lecture ou le récent La Bibliothèque la nuit - sait quelle place irréductible a le livre dans sa vie, sait que le livre et la littérature est la matière de ses propres livres et de ses réflexions. J'invite celui qui ne le connaît pas à rentrer dans sa bibliothèque. Ce Livre des éloges en est une porte.


Ces éloges, un peu de la même manière que dans Journal d'un lecteur paru chez Actes Sud en 2004, sont le prétexte à sortir de la bibliothèque purement littéraire pour entrer dans une sphère plus intime qu'on aborde avec beaucoup de plaisir et d'intérêt. Chez Manguel, le livre est quelque chose qu'on ne peut pas retrancher à l'éclat de la vie. Le livre est la brique qui lui sert à monter l'édifice de sa mémoire, le couteau qui sert à façonner l'identité et le ciment qui sert à maintenir conjointement les doutes et les certitudes, ce qui constitue, à mon sens, le propre de la curiosité. Le livre contient les réponses qu'on peut espérer toujours mais contient aussi les remises en causes qu'on n'attend jamais. Heureusement, cela ne se fait jamais dans l'ordre : lire est toujours une surprise. Quelque fois par ce qu'on y trouve, souvent par ce que nous révèle la lecture de nous-même. Comme le dit George Steiner, c'est le livre qui nous lit. Comme le dit Manguel dans l'"Eloge du plaisir" où il se rappelle la mort d'un ami : "La lecture ne console pas. En revanche, elle peut mystérieusement servir de miroir."

 

Le livre des éloges de Alberto Manguel - Ed. L'Escampette - 12 euros - novembre 2007


par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Samedi 10 novembre 2007

 

La parution du nouveau roman de Piotr Bednarski, Un goût de sel, a remis sur les tables de nos librairies son précédent ouvrage, Les neiges bleues, publié en 2004, qui mérite d'être (re)découvert.

 

Ce roman est constitué de courtes séquences, basées sur les souvenirs d'enfance de l'auteur, dans la Sibérie des années 40, littéralement aux portes du goulag.
Les dénonciations et les disparitions sont quotidiennes; la faim, permanente.
Mais le récit du jeune Petia, agé de 8 ans seulement, est plein de fraicheur, de gaîté et même d'ironie face à ces épreuves.
Pour survivre, car c'est bien de cela dont il est question, Pétia est guidé par sa mère, surnommée Beauté, qui lui fait découvrir la foi. Il est soutenu par sa grand mère, qui entend bien répandre la blancheur sur toute cette rougeur bolchevique qui les entoure. Enfin, il est sauvé également par sa capacité à voir la beauté dans chaque chose, par sa vocation naissante de poète.

 

Un très beau texte, plein de surprises et d'émotions.

 

Les neiges bleues de Piotr Bednarski - trad. sous la dir. de Jacques Burko (polonais) - Ed. Autrement - 140 pages - 13 euros - février 2004

par Géraldine - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Vendredi 9 novembre 2007

 

Zeliha, jeune femme célibataire turque d'Istanbul, est bien décidée à se faire avorter malgré le parfum de scandale et d'opprobre que son choix va l'obliger à assumer. Mais le destin en a décidé autrement...
Rose, américaine, a eu une fille, Armanoush, d'un américain d'origine arménienne. Divorcée, elle tombe à nouveau amoureuse et se remarie...avec un immigré Turc.
Dix huit ans plus tard,  Armanoush part pour Istanbul et rencontre Asya, la « bâtarde »...

C'est l'histoire de ces familles, de leurs blessures, de leurs intrigues intimes, et  la rencontre entre ces deux jeunes filles, que tout sépare, que nous conte avec virtuosité Elif Shafak. Elle nous fait découvrir une Turquie contemporaine pleine de contradictions, entre tradition et  modernité. Un  roman passionnant... aux accents culinaires !

 

La Bâtarde d'Istanbul de Elif Shafak - trad. anglais (Turquie) Aline Azoulay - Ed. Phebus - 320 p. - 20 € - août 2007

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Vendredi 9 novembre 2007

 

L’auteur est égyptien et il a à coeur d’écrire sur ses compatriotes. Il l’a déjà fait avec succès dans son précédent livre L’immeuble Yacoubian. Cette fois-ci le cadre n’est plus l’Egypte mais Chicago et sa communauté d’universitaires égyptiens émigrés aux Etats-Unis.
Racisme, incompréhension culturelle ; il décrit dans son roman les difficultés auxquelles ceux-ci sont confrontés. Mais c’est aussi l’occasion d’égratigner un système politique égyptien qu’il présente comme étant autoritaire et clientéliste.

 

Chicago de Alaa El Aswany - Ed. Actes Sud - 460 pages - 23 euros - octobre 2007

Vendredi 9 novembre 2007

 

Marcus, cadre supérieur danois, a épousé Nathalie, d’origine russe. Leur vie est formatée entre le travail très prenant de Marcus et les escapades dans leur maison de vacances.
Soudain Nathalie rompt cette routine en insistant auprès de son mari pour partir en croisière en Russie. Au cours de cette croisière, elle disparaît.
Marcus met tout en oeuvre pour la retrouver et découvre petit à petit le passé de sa femme. Leif Davidson se sert de cette enquête pour nous parler de la Russie et des douleurs qui l’habitent. Sans s’attarder sur le passé, il présente un pays aujourd’hui gangrené par les mafias et où pouvoir et argent se côtoient étroitement aux dépends d’une population malmenée.

 

L'épouse inconnue de Leif Davidsen - Ed. Gaïa - 384 pages - 21 euros - octobre 2007

Vendredi 9 novembre 2007

 

Salvo est né au Congo de mère congolaise et de père anglais. A la mort de son père, il est envoyé en Angleterre où il se fait remarquer pour ses dons d’interprétariat. Il parle plusieurs langues africaines. Ces compétences l’amènent à travailler pour les services secrets britanniques dans le cadre d’une transaction censée amener l’apaisement politique au Congo.
D'un côté, un monde feutré et « civilisé », le Royaume Uni et de l'autre, un monde « sauvage » et turbulent, le Congo. Et pourtant, les sauvages ne sont pas forcément ceux que l’on imagine. C’est tout le propos de l’auteur qui dépeint ici un monde occidental sans scrupules où des barbouzes sont payés pour se salir les mains par des hommes puissants qui décident du destin du monde dans les salons.
John Le Carré est un écrivain hors pair qui sait tenir en haleine ses lecteurs. Il met sa très belle écriture au service des causes qu’il défend.

 

Le Chant de la Mission de John Le Carré - Ed. Le Seuil - 345 pages - 21.80 euros - septembre 2007

Vendredi 9 novembre 2007

 

C'est l'histoire d'un homme qui vagabonde sur les mers. Pour pouvoir naviguer, il se plie aux situations les plus difficiles, les plus injustes. C'est aussi l'histoire d'un homme qui cherche le bonheur au travers des yeux des femmes sans jamais pouvoir l'atteindre. C'est l'histoire d'un juif errant marqué par la violence des hommes. C'est surtout un très beau roman poétique qui laisse songeur.

 

Un goût de sel de Piotr Bednarski - Ed. Autrement - 120 pages - 13 euros - septembre 2007

Jeudi 11 octobre 2007

 

Dès son enfance, Daniel Mendelsohn s'est intéressé à l'histoire de sa famille. Mais c'est seulement après le décès de son grand père qu'il se lance sur les traces du frère de celui-ci, Oncle Schmiel, sa femme Ester et leurs quatre filles, disparus durant la seconde guerre mondiale dans leur village de Bolechow.
En parcourant le monde à la rencontre de ceux qui furent leurs amis, leurs voisins, leurs camarades de classe, il va rechercher, en marge des récits (parfois héroïques) de ces survivants, quelques fragments qu'il faudra ensuite retisser patiemment. Pour obtenir une partie de l'histoire de ces disparus, avec ses imprécision, ses corrections, ses zones d'ombre. Une vision parmi d'autres de leur histoire, de l'Histoire.

 

Une quête émouvante, relatée avec une grande pudeur par Daniel Mendelsohn, qui pointe aussi les limites de la mémoire, questionne la fidélité des souvenirs et les moyens d'assurer leur transmission, tant qu'il est encore temps.
Un récit à découvrir.

 

Les Disparus de Daniel Mendelsohn - Ed. Flammarion - 650 pages - 26 euros - août 2007

par Géraldine - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Vendredi 5 octobre 2007

 

Imaginons un poète panthéiste - et quelque peu comique - qui conterait un scénario digne d'un film de SF de série Z.

 

Le propos est simple : de jeunes savants venus des quatre coins du monde se rencontrent dans une université américaine à la pointe de la technologie, et vont tenter de créer un macroclone végétalo-minéralo-ornitho-humain. Ils en profiteront pour tomber amoureux et se poser quelques questions existentielles.

 

Vu comme cela, on se croirait dans un mauvais roman de science-fiction. Et bien, qu'on ne s'y trompe pas, il s'agit de quelque chose de bien plus intéressant, plus pétillant, plus réjouissant ! Giuseppe Bonaviri est un coquin de quatre-vingt ans (lorsqu'il écrit ce livre) qui use d'un thème de science-fiction vieux comme le monde (disons, vieux comme le Frankenstein de Shelley), tellement éculé qu'il est évident qu'il s'agit d'une parodie, pour parler dans une langue ingénieuse et exquise de sa Sicile natale et mythologique, de la bêtise des hommes et de l'absurdité de l'existence.

 

Bonaviri mêle conte philosophique et récit d'anticipation, fable scientifique et tradition populaire, et compose un texte hybride, sérieusement décalé. Il faut parler du style de l'auteur, support majestueux qui crée ce décalage et rajoute à la parodie.

 


L'histoire incroyable d'un crâne de Giuseppe Bonaviri - Ed. Seuil - 188 pages - 18 euros - août 2007

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
  • : le blog lelieudeslivres
  • lelieudeslivres
  • : Livres
  • : Quatre librairies indépendantes de la région Alsace se regroupent sur internet et vous font partager leurs lectures et leurs activités. Le Libr'air à Obernai // Totem à Schiltigheim // L'Usage du Monde à Strasbourg // La Parenthèse à Strasbourg
  • Recommander ce blog
  • Retour à la page d'accueil

newsletter

Inscription à la newsletter
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus