Mercredi 9 avril 2008
 


Au travers de l'histoire de victimes et d'anciens agents de la Stasi, Anna Funder nous donne un terrifiant aperçu de l'histoire de l'ex Allemagne de l'Est.

Comment les vies de citoyens ordinaires peuvent-elles être aussi absurdement gâchées, saccagées ? Découvrez les rouages d'une invraisemblable machine à espionner, à harceler, à broyer, dans laquelle, de persécuté chacun peut devenir persécuteur, ou bien l'inverse, et où résister peut vous être fatal. Et pourtant, certains ne voudraient pour rien au monde quitter leur terre natale, atteints par « l' ostalgie » ou souhaitant, malgré tout, reconstruire les pans écroulés de leur vie.

Partez ainsi à la rencontre de Miriam, seize ans, dont la vie va tourner au cauchemar pour avoir tenté de franchir le mur. Découvrez l'histoire bouleversante de Frau Paul séparée pendant des années de son fils hospitalisé à l'Ouest car aucun établissement à l 'Est ne peut le soigner. Suivez Klaus, leader mythique du groupe de rock est-allemand « Renft », qui ne devra son salut qu'à son immense popularité dans son pays. Et tremblez aux récits de Herr Winz et de Von Schnitzler sur les méthodes de persuasion et de propagande.

Dans ce livre très bien documenté, vous prendrez la mesure de ce qu'était la Stasi et des efforts mis en oeuvre apèrs la chute du Mur pour exorciser ce sombre passé et essayer de rendre à chacun la part de vie qui lui a été volée. Vous pénétrerez à la suite de la narratrice dans le bâtiment des archives de la Stasi, et decouvrirez qui sont les « femmes-puzzle »

 

D'une plume simple et emprunte d'humanité, Anna Funder sait nous rendre proches ses personnages et nous fait toucher du doigt une réalité qui a bien souvent dépassé la fiction.

Vous n'êtes pas au bout de vos surprises et de vos effarements !


Stasiland
de Anna Funder, (trad. anglais australie par Mireille Vignol) - ed. Héloise d'Ormesson – 365 p. - 22 € - janvier 2008

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Mercredi 9 avril 2008
 


Raimund Gregorius, vénérable et vénéré professeur d'université, voit sa vie basculer le jour où il découvre par hasard un livre d'Amadeu de Prado, écrivain portugais. Bouleversé par le texte qui va provoquer chez lui une prise de conscience sur sa propre vie, il prend le premier train pour Lisbonne, afin d'y découvrir ce qu'a été la vie de cet homme, ses engagements, ses dilemmes, ses combats.


C'est une véritable plongée philosophique dans la conscience de soi et le sens de la vie, que nous offre ce roman profond et touchant remarquablement servi par l'écriture classique et fine de Pascal Mercier.


Train de nuit pour Lisbonne
de Pascal Mercier, (trad. allemand par Nicole Casanova) – ed. 10/18 - 510 p. - 10 € - février 2008 (paru pour la première fois en France en 2006 chez Maren Sell)

par Michèle - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Mercredi 2 avril 2008


Un journaliste colombien, un philologue allemand, un prof de littérature péruvien et un jésuite se retrouvent embarqués à Pékin dans une nébuleuse histoire de recherche d'un manuscrit fondateur de la société secrète du Lys blanc.
Les héros de Gamboa sont iconoclastes et sont décrits avec beaucoup d'humour et de talent.
On passe un très bon moment avec ces personnages attachants.

Les captifs du Lys blanc de Santiago Gamboa - trad. (colombien) Claude Bleton - Ed. Métailié - coll. Suites - 280 p. - 10 euros - août 2007.

Mercredi 2 avril 2008


Un univers plus sombre que celui de Cormac McCarthy est difficile à trouver. Une plume aussi talentueuse, c'est également très rare. Même si vous redoutez la noirceur du thème abordé par l'auteur, la lecture d'un des plus grands écrivains américains est un pur bonheur.

- Elsa / Librairie Totem


McCarthy touche à une certaine forme d'anticipation. Je rappelle brièvement l'histoire : le pays [...] est recouvert de cendres, l'homme et l'enfant (les deux protagonistes) poussent un vieux caddie bourré de couvertures, de conserves, un calibre avec deux balles, un briquet, ce qui peut leur permettre de survivre le plus longtemps possible, dans l'espoir de rejoindre la mer, tout en tentant d'échapper à leurs congénères les plus bestiaux dont l'instinct de survie les a fait régresser jusqu'au cannibalisme. Décor post-apocalyptique, ambiance de tension et d'éternité, condition humaine érodée au possible (jusqu'à la perte des noms, du rire, des rêves, du langage), évacuation de la morale, de la transcendance, de la culture. C'est un admirable roman du reste. [...]
La route est un roman d'une très grande puissance.

Chronique complète (lecture très personnelle) sur Dernière Marge.

- Antonio / Librairie Le Libr'air


La Route de Cormac McCarthy - trad. (américain) François Hirsch - Editions de L'Olivier - 244 p. - 21 euros - janvier 2008.

Mercredi 12 mars 2008

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Une famille d’immigrés ukrainiens vit en Angleterre. Nikolaï, le père veuf depuis peu, annonce à ses deux filles, Véra et Nadezhda, son intention de se remarier avec Valentina. Problème : Valentina est plus jeune de 50 ans, a des ogives nucléaires en guise de poitrine et une soif inextinguible pour le luxe à l’occidentale. Plutôt rivales, les deux sœurs vont oublier leurs querelles pour déloger l’intruse.


Roman sur les secrets de famille, une brève histoire du tracteur en Ukraine est un vaudeville familial hilarant qui propose un vrai guide pratique sur le thème "comment se débarrasser de votre belle-mère". La société anglaise et ses immigrés y est soigneusement analysée.


Une brève histoire du tracteur en Ukraine de Marina Lewycka – Editions des Deux terres – 425 pages – 21,50€
roman traduit de l’anglais

par Gilles - L'Usage du Monde publié dans : littérature étrangère
Mercredi 12 mars 2008

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Au milieu du XIXe siècle, l’Irlande est frappée par l’épidémie de mildiou qui provoquera l’expulsion, la ruine puis l’immigration de millions de personnes animés par l’espoir et le rêve d’une vie meilleure outre-atlantique. Fergus, animé par cette loi des rêves, va suivre cette voie via Dublin, Liverpool puis le Québec au cours de laquelle il va rencontrer une foule de personnages.


Grande fresque humaine sur l’origine de l’Amérique, sur l’histoire de l’exil, de l’immigration et des émigrés, la loi des rêves est un roman initiatique qui vous entraîne avec la force des grands fleuves. Le lecteur sait que l’Histoire est inéluctable mais elle laisse la place au rêve avec une suite d’histoires individuelles, cocasses et tristes, semées d’embûches et de rencontres.


La loi des rêves de Peter Behrens – Christian Bourgeois éditeur – 569 pages – 26€
roman traduit de l’anglais (Canada)

par Gilles - L'Usage du Monde publié dans : littérature étrangère
Vendredi 22 février 2008

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L'auteur, Vassili Golovanov, subissant une crise persistante d'intranquillité du type qui affligea certainement Fernando Pessoa (dans sa dimension de brisure intime, dans sa relation au réel, c'est-à-dire aux autres) - notre auteur est né en 1960 et vit à Moscou, c'est-à-dire dans un monde où il y a de bonnes raisons d'être intranquille -, se crée un fantasme mental, l'Île, qui va l'obséder quelques temps, jusqu'à ce que cette "idée de l'île" se transforme en objet matérialisable sur une carte et devienne un objectif précis répondant à cet impératif existentiel : partir en voyage, dans tout ce que cela implique, ce qui devrait le réconcilier avec la vie. Le bougre remet son projet au long des années, mais l'urgence commence à se faire sentir après l'effondrement du communisme, dès lors qu'il comprend qu'il n'y a plus qu'un monde, qu'il n'y a plus d'ailleurs.

Il découvre dans un vieil atlas allemand quelques zônes blanches. Dans l'une d'elles, dans la Mer de Barents, il pointe l'île de Kolgouev. Il sait que son Île mentale, cette île qu'il rêvait en parenté de L'Île mystérieuse de Jules Verne ou de L'Île au trésor de Robert Louis Stevenson, est l'île de Kolgouev. En 1992, il entreprend un premier voyage vers l'île, et prend contact avec la population locale : le peuple aujourd'hui semi-nomade du Grand Nord, les Nenets. En 1994, il y retourne, et vit des jours de toundra longs comme une vie aux côtés des éleveurs de rennes. En 1997, alors qu'il pensait en avoir fini avec ses démons intérieurs, il repart, la magie de Kolgouev le rappelle. Il met ensuite cinq années, laborieuses et denses, à terminer le voyage intérieur qu'il avait entreprit des années auparavant, en écrivant le récit entier, c'est-à-dire dans ses multiples dimensions, de cette aventure. (...)

Je n'ai pas marché dix mètres pour toute la lecture du livre, ni pour l'écriture de cette note alors que Golovanov a laissé des milliers d'empreintes dans l'argile molle de l'île de Kolgouev à des centaines de kilomètres de chez lui pour cinq cents pages de sa vie. Il sentait que les mots sur ses pas étaient nécessaires, mais il sait que des mots doivent être des actes pour remplir pleinement leur rôle. Au début du livre, il marche, et cherche les mots comme un absolu à atteindre. Au milieu, il constate que "ce livre n'aurait probablement eu aucune valeur s'il y avait eu moins de pas que de mots". A la fin, il réconcilie les deux bouts, et éprouve une vérité : la littérature est un geste, c'est certainement un voyage insensé.

La chronique complète sur Dernière Marge.


Eloge des voyages insensés de Vassili Golovanov - Ed. Verdier - coll. Slovo - trad. du russe par Hélène Châtelain - 505 p. - 29 euros - paru en janvier 2008.

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Samedi 2 février 2008

 

 "La rive africaine a la beauté d'une énigme.", annonce la quatrième de couverture. Il y a effectivement de la beauté dans la composition espacée de ce court roman du guatémaltèque Rodrigo Rey Rosa (né en 1958), et certainement quelque chose d'énigmatique dans cette histoire tissée de vies bien différentes, dont la résolution ne se fait pas, justement, par celle d'une énigme mais dans le tableau vivant des mondes différents qui compose le Monde, et de leur impossibilité évidente à s'accorder. En somme, Rey Rosa impose la vérité de la réalité sur les fantasmes des individus.

 

Les deux récits principaux, en trois parties et cinquante-cinq courts chapitres, vont se superposer : un berger tangérois, Hamza, à la vie simple et aux rêves de richesse qui l'attend de l'autre côté du détroit de Gibraltar, et un voyageur colombien, Angel, qui a perdu son passeport et traîne dans la ville, dont l'errance administrative va le plonger dans une certaine langueur et accoutumance au pays. De nombreux personnages, d'un côté comme de l'autre, vont servir à croiser les deux vies, bien que de manière indirecte, puisque l'élément centrale de cette rencontre est une chouette achetée par Angel à un marchant ambulant dans la medina, qui va se blesser ensuite et sera soignée par Hamza.

 

Rodrigo Rey Rosa fait preuve d'une grande finesse dans l'écriture, d'une certaine élégance, assurément, et il ne cède jamais au cliché, à l'atmosphère forcée, au trait exagéré. Il écrit avec des espaces et beaucoup de suggestion et ne fait heureusement pas le choix de la fabulation qui se voudrait justement faussement exotique. Rey Rosa est un grand voyageur qui a participé aux ateliers d'écriture de Paul Bowles dont celui-ci a traduit quelques uns de ses romans en anglais.

 

La rive africaine de Rodrigo Rey Rosa - trad. Claude-Nathalie Thomas (espagnol) - Ed. Gallimard - Coll. Du monde entier - 176 pages - 16.50 euros - janvier 2008

 

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Jeudi 10 janvier 2008

Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri est un récit court et à l'écriture sobre et précise. C'est l'histoire d'un enfant-soldat de quatorze ans engagé dans la guerre civile libanaise en 1981. Il y passera son adolescence et y deviendra un homme. La guerre ne s'arrêtera pour lui que parce qu'il quittera son lieu même, pour l'Afrique, à dix-neuf ans. Dans ce temps qui ne se compte plus en années mais en un nombre incalculable de vies humaines, quelles soient celles des victimes de cette guerre sans fin et sans sens ou celles que le jeune Bazzi a vécu au milieu des bombardements, des tirs de roquettes et derrière les armes des différentes factions pour lesquelles il a combatu, il n'y a pas la place pour un tremblement : vous jouez votre vie à chaque instant, dans une tension insoutenable.

 

Ce livre vous prend aux tripes, comme souvent les témoignages de guerre. Celui-ci a la particularité de parler d'une guerre qui n'a pas fini entre temps, de la main d'un homme qui brandissait une kalachnikov adolescent et qui manie aujourd'hui la puissance de feu des mots et du langage.

 

Yussef Bazzi est né en 1966 à Beyruth. Il est écrivain et journaliste. Son oeuvre poétique est très appréciée et reconnue par les plus grands poètes du monde arabe. Comme beaucoup de jeunes gens au Liban, Yussef Bazzi a été combattant durant la guerre civile libanaise de 1980 à 1986.

 

Yasser Arafat m'a regardé et m'a souri de Yussef Bazzi - Ed. Verticales - trad. de l'arabe et postface par Mathias Enard - 136 pages - octobre 2007

 

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
Vendredi 4 janvier 2008

 

Donald Antrim commence ce récit autobiographique avec le décès de sa mère, alcoolique, fumeuse invétérée et très gravement malade. Son deuil est difficile et doit passer, singulièrement, par l'achat d'un nouveau lit. Le premier chapitre est truffé de cocasseries bien que le sujet soit tragique. C'est peut-être toute la force de l'auteur dans ce livre de pouvoir écrire des situations, des moments graves avec un sourire et une tendresse à toute épreuve. Dans les chapitres suivants, le lecteur découvre une famille originale où chaque membre tient une place plus surréaliste que les autres, Louanne en première position, très excentrique femme que la paranoïa et l'alcool achèveront finalement.

 

Donald Antrim écrit une manière de mémoires en même temps qu'un portrait hommage de sa mère, un "livre de ma mère" comme le note la quatrième de couverture. L'étonnant du livre est peut-être qu'on oublie régulièrement à la lecture qu'il parle d'elle, de sa famille, de sa vie - l'objet du livre ne vous revient en tête que lorsqu'il cite son nom, le nom de son père, de sa mère - tant la narration est romanesque, tant les personnages paraissent issus d'un conte farfelu contemporain. Au bout du compte, il n'en est rien, c'est bien de la réalité dont Antrim nous parle, de l'histoire de ses parents, et bien qu'il y ait quelques fois de la honte, du dégoût et du ressentiment, il y a aussi une très forte tendresse, et beaucoup d'humour.

 

La vie d'après de Donald Antrim - Ed. L'Olivier - traduit de l'américain - janvier 2008

 

par Antonio - Le Libr'air publié dans : littérature étrangère
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